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Frère Yves Combeau, dominicain

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Lundi – ce lundi, il y a six jours – je me suis fâché au téléphone. Contre une dame qui pensait du mal du Jour du Seigneur. Je me suis vraiment fâché : j’ai été sec et désagréable comme, hélas, je puis l’être. Il faut dire que j’avais d’autres soucis, que les lundis matin sont parfois compliqués, que… Bref, je me suis fâché.
J’ai eu tort.
Et là-dessus j’ai lu l’Évangile d’aujourd’hui pour préparer ma prédication d’aujourd’hui. « Aimez-vous les uns les autres. »
J’ai rougi.
Nous sommes tous convaincus que nous devons nous aimer les uns les autres. Des conseils et commandements de Jésus, c’est le plus fort, le plus profond, le plus évident. Et nous tous convaincus qu’en effet, on reconnaîtra que nous sommes disciples du Christ à ceci : que nous nous aimons les uns les autres. C’est la première règle de la vie en communauté, qu’il s’agisse de vous, frères et sœurs de La Cotellerie, de nous, les Dominicains ; c’est la première règle de la vie en famille, de la vie amicale, enfin, c’est la première règle du chrétien.

Nous en sommes convaincus et pourtant, si convaincus que nous soyons, comme ce commandement est difficile !

Il est souvent question du combat de la foi, du combat spirituel, même du combat de la prière. Il est plus rarement question du combat de l’amour. Mais l’amour, en vérité, de va pas de soi. Tous, nous connaissons ces obstacles qui surgissent chaque jour : la jalousie dans une fratrie, le malentendu ou la bouderie dans un couple, l’agacement, la frustration dans une communauté. Nous voudrions bien aimer, mais chaque jour nous manquons à l’amour.

C’est qu’en vérité, si une relation d’amour commence souvent de façon spontanée — je tombe amoureux, une amitié se noue, une communauté m’attire —, si une relation d’amour commence de façon spontanée, elle dure par notre volonté. Nous décidons de prendre patience, d’écouter, de faire taire notre égoïsme, de marcher d’un pas différent du nôtre ; nous décidons de rendre service sans attendre de remerciement ; nous décidons de chercher dans l’autre ce qu’il a de bon quand ce qu’il a de mauvais nous sature le regard. Et ce n’est pas facile. Toujours nous devons recommencer cet effort.

Aimer demande du courage. Le courage, c’est précisément la force du cœur. « Courage », le mot « courage », vient de « cœur ». Quand Jésus nous demande de nous aimer les uns les autres, il nous demande d’avoir le cœur fort, actif, patient, délicat, humble, persévérant ; il nous demande d’avoir la volonté d’aimer.

La lecture de l’Évangile d’aujourd’hui, ce lundi matin, après ce coup de téléphone, a été pour moi, petit saint Pierre de mai 2019, comme le chant du coq. J’avais peut-être raison au fond, mais qu’avais-je fait de mes bonnes dispositions ? Une fois de plus, j’avais manqué à l’amour, j’avais manqué du courage de l’amour.

La prière du chrétien, si elle devait se résumer à une phrase, se résumerait peut-être à cette phrase : Seigneur, donne-moi le courage de croire ; donne-moi le courage d’espérer ; et surtout, donne-moi le courage d’aimer.

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