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Combeau Yves

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Un jour, un jeune de dix-huit ans m’a demandé : « Mon père, d’après vous, quelle est ma vocation ? » Ce n’étaient pas tout à fait ces mots-là, mais c’était le sens. Et moi de répondre : « Une famille. Crée une famille. – Hein ? Mais, si je veux être prêtre… – Ah mais, justement ! Justement : même si tu ne fondes pas de famille, au sens d’un couple qui donne naissance à des enfants, fonde une famille quand même. Naturellement, la majorité des jeunes que nous connaissons fondera une famille au sens habituel. C’est dans l’ordre des choses. Et c’est très beau. Mais il peut aussi bien arriver que Dieu prenne l’un ou l’une par le paletot et l’appelle à la vie religieuse, à la vie de prêtre ; la preuve ! Ou bien que le célibat s’installe et dure. Pas vraiment voulu, à peine… accepté. Ou que le couple ne réussisse pas. Ou que les enfants ne viennent pas.

Mais ce que je voulais dire à mon jeune, c’est : quoi que tu fasses, fonde une famille. Une famille de sang ou bien une famille de cœur. Car il y a des familles d’amis. Ils sont comme des frères ; ils partagent tout, ils s’appellent à minuit et ils se prêtent leurs vêtements. Il y a des familles de bric et de broc, avec des pièces rapportées d’on ne sait trop où. Je me souviens d’une vieille dame, de ma propre famille, qui était une pièce rapportée de si loin que personne ne savait exactement comment elle était notre parente. Nous l’aimions beaucoup et elle nous aimait beaucoup. Il y a des familles qu’on appelle des couvents et des monastères. Les caractères s’y frottent tout autant que dans les familles de chair. C’est pour cela, entre autres raisons, que j’ai aimé les Dominicains et que j’y suis entré : parce que j’y ai vu d’aussi mauvais caractères que le mien, mais qui faisaient des efforts pour vivre en frères.

Il y a des familles d’accueil. Il y a des familles de hasard, des pères, des mères ou des enfants de substitution que le Seigneur nous a donnés. C’est un cadeau précieux que de devenir responsable de quelqu’un qui ne nous était rien. D’éprouver du souci pour ce filleul, de la fierté pour cette voisine. Et il y a cette œuvre magnifique des Petites sœurs des pauvres qui a voulu donner à ses maisons ce simple nom : « Ma Maison ». « Ma Maison », pas « cette maison », mais la mienne, celle où je vis, en famille. Ce qu’a voulu Jeanne Jugan, c’est que chacune de ses maisons soit « Ma Maison » pour chacun de ceux qui y vivent. Sa famille. Où l’on se tient ensemble, où l’on s’entraide, où l’on se supporte parfois, dans tous les sens du terme, où l’on se pardonne. Où l’on essaie enfin de vivre en frères et sœurs, de vivre en famille.

Nous fêtons aujourd’hui la Sainte Famille. Nous fêtons aujourd’hui toutes les familles. Les familles de sang et les familles de cœur. Nous fêtons les vieux amis et les nouveaux amis, les enfants et les parents, et les frères et les sœurs que le Seigneur nous donne. Ce merveilleux petit foyer d’intimité sans lequel nous mourrions de froid. Chers amis, ici dans « Ma Maison » de Saint-Denis ou chez vous, à la maison, que le Seigneur vous donne une famille, qu’il agrandisse la vôtre, qu’il la consolide. Le Seigneur qui vous tient la main comme un vieil ami, comme un père, comme un frère.

Références bibliques : 1Sm 1, 20-22 ; 24-28 ; Ps. 83 ; 1Jn 3, 1-2 ; 21-24 ; Lc 2, 41-52

Référence des chants : Liste des chants de la messe à Saint-Denis (93)

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