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fr. François Lear

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Quelle est la plus grande béatitude, ou la plus douce ? Voir Dieu ou avoir le cœur pur ? Posséder le Royaume ou être pauvre ? Être un artisan de paix ou être fils de Dieu ?

L’Évangile ne répond pas à cette question et il nous laisse dans une certaine incertitude qu’on pourrait qualifier de délicieuse. Pourquoi délicieuse ? Parce qu’elle nous invite à lire les Béatitudes sans les casser en deux. Lire chaque Béatitude d’une seule traite, sans en faire deux étapes, l’une au présent, l’autre au futur. Lire les Béatitudes non pas seulement comme un programme de vie, mais comme un véritable portrait de Dieu.

Qui est déjà en possession du Royaume ? Qui a déjà aujourd’hui la terre en héritage ? Qui est celui qui voit Dieu ? N’est-ce pas Dieu lui-même ? Voilà dessinés quelques traits de caractère de Dieu, si on peut parler ainsi. Pauvre, doux, qui recherche la justice, qui a le cœur pur, qui est miséricordieux, qui est un artisan de paix.

C’est parce que Dieu a en lui le royaume des cieux qu’il se montre pauvre, qu’il est pauvre. Parce qu’il a la terre en héritage, il se montre doux et humble de cœur, il est doux et humble de cœur. Parce qu’il est transparent à lui-même, il a le cœur pur. Parce qu’il a le cœur plein de miséricorde, il se montre miséricordieux.

Les Béatitudes tracent ainsi le portrait de Dieu. Pas seulement pour que nous le regardions, pas seulement pour nous le contemplions, mais pour que nous prenions la figure du maître, pour que nous en adoptions les traits, pour que nous finissions par lui ressembler. Les Béatitudes, un programme de vie ? Oui, si elles conduisent à reproduire en nous ce qui est en Dieu. C’est parce que Dieu est transparent à lui-même que je puis le voir, si moi-même j’ai le cœur pur. C’est parce que Dieu est un artisan de paix, parce qu’il veut faire sauter les barrières que je mets entre lui et moi, c’est pour cela qu’il peut faire de moi son fils. C’est parce que Dieu est en possession du Royaume qu’il désire le partager, comme un pauvre fait avec tout ce qu’il a.

Lire ainsi les Béatitudes, c’est lire Dieu. Qui voudrait s’en passer ? Lire ainsi les Béatitudes, c’est lire, entendre, voir, goûter, toucher tout ce que Dieu a voulu nous dire à travers la personne de son Fils, Jésus, le Christ. Lire ainsi les Béatitudes, c’est ressentir quelque chose de ce qu’ont ressenti les auditeurs de Jésus, quand ils ont entendu ces paroles absolument nouvelles et qui le sont encore aujourd’hui.

Pour qu’un tel discours parle comme il devait parler, il fallait que rien ne lui fasse obstacle, lui donner un horizon infini. Jésus monte sur la montagne, dit le texte. Il a devant lui le paysage des années à venir, qui vont porter à toutes les civilisations de l’humanité le message caché dans ce mot « heureux ». Il a devant lui le regard de tous ceux et celles qui vont porter la responsabilité de traduire ce mot « heureux » pour le monde entier. Nous en faisons partie aujourd’hui.

Heureux sommes-nous si nous avons faim et soif de la vie de Dieu, l’eucharistie nous rassasie.

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