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P. Thierry Lamboley

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Les lectures bibliques de ce dimanche nous embarquent dans une aventure bien étonnante. Jugez plutôt…

La première lecture nous rappelle d’abord que le Seigneur a de l’ambition pour nous. Si nous nous considérons, et à juste titre depuis notre baptême, comme serviteur de Dieu – ce qui est déjà pas si mal ! – eh bien Dieu nous dit : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur… Je fais de toi la lumière des nations. » Rien que cela : la lumière des nations ! Et pour quoi ? Pour que « mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

C’est assez vertigineux, vous en conviendrez. Mais heureusement, la Journée mondiale du migrant et du réfugié va nous permettre de reprendre pied. Les extrémités de la terre ? Inutile de marcher des kilomètres pour les atteindre. Ce sont elles qui viennent à nous grâce à ceux qui demandent l’asile dans notre pays. Les extrémités ? A notre porte ! Rappelez-vous : c’est ce qui est arrivé dans l’Église. Le Pape l’a dit le soir de son élection : « Il semble bien que mes frères cardinaux soient allés chercher un évêque pour Rome quasiment au bout du monde. »

Alors, que faire quand les extrémités de la terre entrent chez nous, quand le bout du monde arrive à domicile ? La réponse se trouve dans le psaume : croire que Dieu attend de nous « ni offrande ni sacrifice », mais simplement de dire : « Voici, je viens. » Autrement dit, répondre présent, être bien là pour « dire ton amour et ta vérité » selon la belle expression du psaume. Dire ton amour : nous savons tous le faire par des gestes d’accueil et de bienvenue. Dire ta vérité : ça, c’est plus difficile car il n’est jamais évident de faire entendre que l’accueil des réfugiés est une chance et non une menace. En France, c’est même un sujet qui peut diviser nos familles ou nos paroisses.

Pourtant, réaliser que Dieu fait de nous « la lumière des nations », c’est consentir à ces gestes d’accueil tout simples qui favorisent la fraternité et diminuent la peur devant celui qui vient de loin. Et cela se fait toujours dans « la grâce et la paix ». Saint Paul nous le rappelle dans la première lettre aux Corinthiens. Pourquoi dans « la grâce et la paix » ? Parce que le Seigneur agit de cette manière avec nous, comme avec l’immigré : jamais de forcing, mais des gestes gracieux ; jamais de tension, mais des paroles qui apaisent.

Jean Baptiste est le premier à avoir vécu un accueil qui permet d’éclairer les nations. Il témoigne dans l’évangile selon saint Jean qu’il ne connaissait pas Jésus. Il le dit à deux reprises : « Moi, je ne le connaissais pas. » Nous sommes tous des Jean Baptise devant un migrant : nous ne le connaissons pas. Et pourtant, cette non-connaissance, loin de nous apeurer, nous ouvre à l’hospitalité qui est le signe du Royaume parmi nous.

Allons, ne nous contentons pas d’être serviteur de Dieu. C’est trop peu ! Répondons au Seigneur « Me voici » pour être fait « lumière des nations ». Alors la tendresse de Dieu parviendra jusqu’aux extrémités de la terre… en commençant par chez nous.

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