Au commencement est le miracle


Dans l’univers de l’opéra, cet art total où tous les sens sont sollicités jusqu’au-delà des sens, le miracle a une place particulière et ce d’autant plus que, souvent, la légende, la raison et la foi s’y disputent le premier rôle. Le miracle, selon l’ultime scène du “Tannhaüser” de Richard Wagner, c’est le bâton du pèlerin qui fleurit pour attester à la face du monde que Dieu accorde son pardon au Minnesänger. Le miracle, selon l’une des dernières scènes du “Saint François d’Assise” d’Olivier Messiaen, ce sont les stigmates qui, dans le corps même du du troubadour de Dieu, révèlent sont ultime conformation au Christ. Or quelque soit les intentions, subversives ou religieuses, de Wagner ou de Messiaen, le miracle s’impose comme le point d’orgue d’une partition - voire d’une narration - savamment orchestrée.
Dans “Les incrédules”, avec la complicité de Sarah Le Picard, ainsi qu’avec celle des compositeurs  Florent Hubert et d’Antonin-Tri Hoang, le facétieux Samuel Achache, opère une révolution copernicienne, faisant de ce point d’orgue le principe d’un opéra à nul autre pareil quand la partition épouse la déflagration du réel. D’aucuns pourraient y voir une fable onirique et psychanalytique aux confins de l’absurde. Mais dans le dédoublement systématique de la narration, des interprètes, de l’orchestre et du miracle lui-même, “Les incrédules” déconstruit  les catégories ordinaires pour donner place à l'extraordinaire, et peut être même l’extraordinaire inhérent à toute chose ordinaire. Et c’est réussi, tant on au final, on est saisi par un sentiment d’étrangeté, avec cette conscience d’avoir vécu, deux heures durant, quelque chose d’inconcevable. Au commencement, c’est-à-dire au principe, est le miracle ! 


L’histoire commence par un appel téléphonique annonçant la mort d’une mère qui, immédiatement, apparaît bien vivante dans son jeune âge, s'offusquant que sa fille lui annonce son décès. Il s’en suit une suite de situations, toutes plus étonnantes les unes que les autres, souvent désopilantes et parfois même inquiétantes, jusqu’à ce que le souvenir d’un séjour en Italie laisse place au miracle de l’apparition d’une Sainte Face sur le mur d’une église, là-même où la mère a donné, donne ou donnerait naissance à sa fille. L’inconcevable suscite vite l’incrédulité d’un évêque qui, avec force d’arguments rationnels et cartésiens, en dénonce l’existence. Mais la candeur d’un prêtre en confirme l’essence.
Grâce à l’excellence des interprètes, comédiennes, comédiens solistes et musiciens, mais aussi grâce à une scénographie pour le moins surréaliste, “Les incrédules” opère le tour de force de nous acheminer là où d’emblée nous ne nous serions pas aventurés, quand faire face au miracle laisse sans mot dire.
Les incrédules de Samuel Achache à l’Opéra d’Avignon, les 22,23, 24 et 25  juillet à 17h00

Frères Charles, Rémy, Thierry et Thomas

Crédit photo :  Les incrédules, Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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